Psychiatrie de Secteur à l'Hôpital Général

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Home Les textes des interventions Évolution de la psychiatrie PSYCHIATRIE à l'HÖPITAL GÉNERAL à l'ére du G.H.T

PSYCHIATRIE à l'HÖPITAL GÉNERAL à l'ére du G.H.T

Envoyer Imprimer PDF

alt

 



Introduction

    • Pourquoi avoir choisi ce thème ?

    • Point de vue d'une infirmière

Un peu d'histoire : de 1793 à 2016

L’ère du GHT

Le GHT vu par Dr PANNETIER

Conclusion















Introduction

En 2017, j'entends parler de la mise en place du GHT, j'entends divers bruits de couloirs... " certaines commandes ne passent plus par le CH de Jury, c'est la directrice du GHT qui donne son accord (établissement support : CHR de Mercy à Metz), à partir de certaines sommes... " Pour commander les médicaments, même les stylos !!" me dit-on...

J'entends que notre service, CAC-SPUL, n'est plus le bienvenu au sein de l'hôpital général ; que l'on veut nous remplacer par des urgences gériatriques... et que le CH de Jury les Metz nous construira un service CAC-SPUL sur le parking de l'hôpital général (derrière le talus ...sic...) en nous associant à un UAO (Unité d'Accueil et d'Orientation) pour les patients hospitalisés sous contrainte. Lieu d'observation de 72H : 20 lits et au moins une chambre d'isolement.

Puis j'entends que ce n'est pas le CH de Jury mais le CHR de Mercy qui payera... C'est la directrice du GHT qui décide, me dit-on, même pour la reconstruction du CH de Jury...

Je me pose des questions, essaie de comprendre, tout cela m'a l'air bien compliqué, voire nébuleux...

L'hôpital psychiatrique qui a une direction distincte, peut-il encore prendre des décisions importantes ?

Je me demande si nous, CAC-SPUL, ne sommes plus dans l'hôpital général peut-on encore parler de psychiatrie à l'hôpital général ? Est-ce local ou national ?

Dr PANNETIER et moi-même allons essayer d'éclaircir un peu ce sujet, bien rébarbatif, il faut le dire, mais avec lequel nous sommes obligés de travailler.

 

Quel est l'avenir de la psychiatrie à l'hôpital général sous l'ère du GHT ?


Un peu d'histoire : de 1793 à 2016

Pour pouvoir comprendre comment et pourquoi nous en sommes arrivés là, il faut retracer l'histoire de la psychiatrie au travers de quelques dates clés.

Petit rappel avant de parler de ces dates :

Avant 1793 au XVIIIème siècle, l'hôpital général actuel a comme ancêtre les hospices comme la Pitié Salpétrière où on enfermait les prostituées et les mendiants.


1793 :

Acte fondateur de la psychiatrie en tant que discipline médicale est le geste symbolique de Philippe Pinel (Psychiatre, 1745-1826, a travaillé à l'hôpital de la Salpêtrière et à Bicêtre). Reconnaissance de la maladie mentale.

30 Juin 1838 (loi) :

Chaque département est tenu d'avoir un établissement public spécialement destiné à recevoir et soigner les aliénés. Cette loi définit aussi les conditions d'admission, sous forme de placement volontaire ou d'office et précise les mesures de protection des biens et des personnes hospitalisées.

Les dispositions prévues par cette loi ne seront appliquées que très progressivement.

Fin du XIXème siècle :

Expériences de colonies familiales mises en œuvre (dans le Cher et l'Allier, Ainay-le- Château), malades hébergés par des familles rurales rémunérées (sur le modèle Belge).

1922 :

Edouard Toulouse (Psychiatre, 1865-1947), a ouvert un laboratoire expérimental à Villejuif, obtient l'autorisation d'ouvrir un premier service d'hospitalisation libre des malades à l'hôpital Saint Anne à Paris.

8 Avril 1937 : Les asiles d'Aliénés deviennent des hôpitaux psychiatriques.

15 Mars 1960 (circulaire) :

Programme d'organisation et d'équipement des départements en matière de lutte contre les maladies mentales.

L'hospitalisation est une étape du traitement et devra être poursuivie dans les organismes de prévention et de post-cure.

Organisation territoriale des soins dans le cadre de secteur.

Le territoire départemental constitue dans son ensemble un secteur et doit être découpé en sous -secteurs géodémographiques, tous reliés au dispositif de soins.

17 Juillet 1963 : 200 lits pour 67000 habitants

Constatant le déficit de lits existants alors en France, la circulaire de 1960 envisage la création de nouveaux établissements spécialisés ou de " quartiers psychiatriques" rattachés à l'hôpital général.

Cela représente à la fois l'intérêt d'être relativement économique en ce qui concerne la construction et de faciliter le quadrillage souhaitable à l'organisation de la politique de secteur.

L'autre circulaire du même jour (15 Mars 1960), moins connue, traitant du plan directeur des hôpitaux préconise la construction d'hôpitaux pavillonnaires, en forme de village. Ex : Le CH de Jury Les Metz.

14 Mars 1972 (arrêté + circulaire) :

Modalités de mises en place des secteurs. Règlement départemental de lutte contre les maladies mentales, l'alcoolisme et la toxicomanie. Le secteur constitue la base du service public.

31 Décembre 1970 (Loi) :

Définition de la carte sanitaire et donc découpage sectoriel.

16 Mars 1972 (circulaire) :

Précise la composition pluridisciplinaire d'une équipe de secteur de psychiatrie générale ou d'inter secteur de pédo-psychiatrie. Tout cela se fera de façon lente, progressive et inégale selon les départements.

9 Mai 1974 (Circulaire) :

Composition d'un secteur de psychiatrie générale

Obligation de traiter les malades habitant dans le secteur dont elle a la charge.

Mise en place d'un conseil de santé mentale de secteur auquel les psychiatres sont invités à participer.

31 Décembre 1985 (Loi) :

Unifie le financement des activités de secteur de psychiatrie (structures hospitalières et extra-hospitalières).

14 Mars 1990 (Circulaire) :

Porte désormais sur la politique de santé mentale pas seulement sur la lutte contre les maladies mentales.

L'objectif est de réduire les traitements en hospitalisations et développer les soins en extra-hospitalier).

Prévenir les pathologies

Le secteur de psychiatrie doit s'associer aux interventions relevant d'autres acteurs du domaine social et médico-social, éducatif.

Mise en place de conseils de secteurs.

27 Juin 1990 (Loi) :

Relative aux droits et à la protection des personnes hospitalisées en raison de troubles mentaux.

La politique nationale, désormais de santé mentale, puis, de psychiatrie et santé mentale va faire l'objet de 3 plans : 2001, 2005, 2011.

Les deux premiers sont destinés à orienter l'élaboration des schémas régionaux d'organisation des soins (SROS) qui doivent comprendre un volet de psychiatrie.

Le dernier est chargé d'orienter l'élaboration du Projet Régional de Santé (PRS).

Le secteur psychiatrique défini par une loi en 1985 va disparaître sur le plan légal en 2003 pour être à nouveau reconnu légalement en 2016.

Le " territoire de santé" n'est pas spécifique à l'offre psychiatrique mais englobe la totalité de l'offre de santé.

Loi du 26 Janvier 2016 :

Modernisation du système de santé.


L'ère du GHT

Définition du GHT :

Les GHT sont un dispositif conventionnel obligatoire à partir du 1er Juillet 2016, (mais reste une entité administrative), entre établissements publics de santé d'un même territoire, par lequel ils s'engagent à se coordonner autour d'une stratégie de prise en charge commune et graduée du patient, formalisée dans un projet médical partagé.

Loi du 26 Janvier 2016 :

Cette loi définit une mission de psychiatrie de secteur à exercer l'offre de soins psychiatriques, consistant à garantir à l'ensemble de la population :

a. un recours de proximités en soins psychiatriques

b. accessibilité territoriale et financière de soins

c. continuité des soins psychiatriques.

Cette politique de santé mentale doit trouver sa forme, au niveau local, dans le Projet Régional de Santé (PRS) arrêté par le directeur de l'ARS.

Ce projet territorial de santé mentale est arrêté ensuite par le directeur de l'ARS et après avis des conseils locaux de santé mentale et des conseils territoriaux de santé.

Sur cette base, doit être établi, entre l'ARS et acteurs locaux, un contrat territorial de santé.

Quant aux établissements de soins psychiatriques, ils sont, comme les autres établissements de santé, conduits à s'associer au sein de groupements hospitaliers de territoire (GHT).

Certains ont pu le faire au sein d'un GHT "psychiatrique" composé seulement d'établissements psychiatriques.

Ce sera le cas pour 12 établissements spécialisés en psychiatrie sur les 96 existants. (Chiffres de 2017)

Les hôpitaux français sont regroupés en 135 GHT (JUIN 2021)

Avec la mise en place des GHT, la quasi-totalité du dispositif de soins psychiatriques se retrouve faire partie d'opérateurs hospitaliers qui ne sont pas spécialisés en psychiatrie. Exemple : CH de Jury Les Metz est rattaché au CHR de Mercy (établissement support), GHT6.

La loi a prévu que se constituent des Communautés Psychiatriques de Territoire (CPT) composées d'établissements du service public, spécialisés en psychiatrie.

Les établissements psychiatriques et ceux disposant de service de psychiatrie se trouveront donc dans une double appartenance.

Ils seront membres d'un GHT de façon obligatoire et d'un CPT à titre volontaire.


Utilité et intérêt des CPT :

Les établissements de service public hospitalier signataires d'un même contrat territorial de santé peuvent consulter entre eux une communauté psychiatrique de territoire. Il s'agit d'un dispositif facultatif.

L'objectif est de fédérer les acteurs de la psychiatrie et de la santé mentale qui la composent pour offrir aux patients des parcours de prévention, de soins, de réadaptation et de réinsertion sociale coordonnés et sans rupture.

La convention constitutive de la CPT est conclue pour une durée de 5 ans renouvelable.

La CPT transmet un rapport annuel d'activité et d'orientation au directeur général de l’ARS.

Les grands outils de régulation du dispositif de soins, mis en place en France depuis près de 50 ans, s'appliquent à la psychiatrie, et, plus largement à la santé mentale dans les mêmes conditions que pour tout dispositif de santé.

Pendant longtemps, les règles de financement ont été les mêmes (prix de journée, dotation globale), elles ne le sont plus depuis l'instauration de la T2A pour certains établissements.

Le dispositif des soins d'hospitalisations psychiatriques est financé sous le mode d'une dotation annuelle de financement pour les établissements du service public.


La Commission des Affaires Sociales a confié à Madame Martine Wonner, Psychiatre, députée du Bas-Rhin, une mission flash sur le financement de la psychiatrie ; 06 février 2019.

Voici un extrait de la synthèse du rapport :

" Si les dépenses liées à la psychiatrie sont importantes, leur niveau et surtout, la manière dont elles sont réparties ne permettent pas de répondre de façon satisfaisante aux besoins de la population.

Pour la rapporteure, le financement de la psychiatrie hospitalière, publique comme privé, a urgemment besoin d'une réforme structurelle, qui ne pourra se faire à moyens constants.

Depuis plus de 10 ans, les moyens dévolus à la psychiatrie n'ont pas augmenté au même rythme que les dépenses d'assurance maladie dans leur ensemble.

Le financement de la psychiatrie n'a pas été au cœur des politiques publiques ces dernières années.

La Dotation Annuelle de Financement (DAF) des établissements publics : un mode de financement figé.

Certaines activités sont en souffrance : pédopsychiatrie, psychiatrie dans les services d'urgence, les équipes mobiles, la psychiatrie pénitentiaire...

La recherche en psychiatrie est largement insuffisante (4% du budget public de la recherche médicale y est allouée (7% en GB, 16% aux USA).

La réforme de la psychiatrie doit être portée par un délégué interministériel à la santé mentale.



Le GHT vu par Dr PANNETIER

Psychiatrie à l’hôpital général à l’ère du GHT

J’ai fait toute ma carrière professionnelle, soit 40 ans de psychiatrie, à l’hôpital général.

Au début des années 1980 la psychiatrie reste encore très asilaire et les patients très discriminés. L’hôpital est le centre du dispositif même s’il y a bien quelques dispensaires d’hygiène mentale pour permettre un suivi des grands malades mentaux qui ont pu être « externalisés ». Mais il y a une dynamique positive qui fait penser qu’avec la politique de secteur le dispositif va évoluer, ne sera plus hospitalo-centrique et qu’il pourra y avoir une vraie vocation préventive, de prise en charge précoce et permettre un suivi dans la cité au plus près des populations. Les fondateurs de notre association ont participé à ce mouvement allant de l’asile vers l’hôpital général avec parfois des secteurs sans lits hospitaliers en implantation préalable.

C’était l’époque de la fin de l’anti psychiatrie et des débats sur la loi 180 en Italie de Franco Basaglia qui venait de mourir. La psychiatrie française s’enorgueillissait en maintenant ses hôpitaux et en redéployant sur l’extra hospitalier de protéger les malades les plus fragiles et Nicole Horrasius présidente du SPH prétendait que le schizophrène français était le mieux soigné au monde alors qu’en Italie certaines régions qui avaient totalement fermées les hôpitaux psychiatriques sans les remplacer par de la psychiatrie communautaire avaient envoyé beaucoup de malades dans les rues et dans les gares.

L’hôpital général représentait un lieu attractif et moderne pour exercer une spécialité ringardisée par la chronicité, le peu d’efficacité de ses traitements et le soin souvent assimilée uniquement à du gardiennage. Mais si beaucoup d’infirmiers et de médecins préféraient la liberté, les services ouverts, la créativité et le dynamisme de l’hôpital général, ils avaient été formé à l’ombre de l’enfermement des hôpitaux psychiatriques et ils souffraient d’un manque cruel de moyens.

Seule l’association des présidents de CME de CHS était représentative de la psychiatrie au ministère de la santé et la psychiatrie était toujours considéré comme à part, hors du droit commun. Alors que près de la moitié des secteurs étaient rattachée à des hôpitaux généraux, il n’y avait aucune représentativité de la psychiatrie à l’hôpital général et surtout aucune répartition des moyens au prorata de la population ou de la morbidité. La psychiatrie à l’hôpital général du secteur de Thionville avait trois fois moins de moyens que celui de la psychiatrie du CHS de Jury les Metz qui est elle-même avait trois fois moins de moyens que les vieux hôpitaux asilaires de Laxou en Meurthe et Moselle ou de Fains les sources en Meuse.

C’est ainsi que devenu praticien hospitalier en 1988 je me suis rapproché de l’association Psychiatrie de secteur à l’hôpital général puis de psygé.

Les mots d’ordre de l’époque étaient : rebasement en fonction des adéquations régionales (les riches donnent aux pauvres), fermeture de lits, redéploiement sur les structures alternatives, le centre du dispositif devant être extra hospitalier. Mais la vitesse des redéploiements était telle qu’il aurait fallu des dizaines d’années pour espérer travailler avec des moyens équitables entre secteurs.

L’hôpital général était souvent accusé d’utiliser les moyens de la psychiatrie comme « gisement de productivité » et de favoriser l’investissement en MCO à son détriment.

Notre président de CME vers 1990, déjà un cardiologue, nous avait prévenu : l’époque n’était plus à l’égalité entre les spécialités et les services mais maintenant il y aurait « ceux qui rouleront en Rolls »( par exemple la cardiologie) « et ceux qui rouleront en deux chevaux »( par exemple là psychiatrie).

Un rapport de la cour des comptes épingla le CHR de Metz-Thionville pour son manque de politique sectorielle et son hospitalo-centrisme et Alain Pidolle, président de l’association des présidents de CME de CHS dira de la psychiatrie de Thionville « qu’elle était la honte du service public ».

Et pendant 40 ans des rumeurs ont supputé et supputent toujours la fusion du CH de Jury Lès Metz dans le CHR de Metz-Thionville !

Convaincu que les faibles moyens de la psychiatrie seraient mieux préservés en CHS j’ai alors quitté l’hôpital général en 1995 pour un Hôpital spécialisé tout en étant détaché au CHR de Metz pour ouvrir un service d’urgences et de liaison psychiatriques à l’hôpital général. La mode était alors aux services intersectoriels avec des unités spécialisées au service de l’ensemble des secteurs. C’était le lieu de toutes les innovations face à un secteur de plus en plus bunkerisé, immobile et défensif.

Les urgences représentaient un lieu de passage privilégié et destigmatisé au sein de la cité, une poli-clinique c’est-à-dire une clinique dans la cité où nous avons pu surfer sur le concept de crise d’Antonio ANDREOLI, psychanalyste italo-genevois. L’idée était de s’appuyer sur les moyens de l’hôpital asilaire pour redéployer au plus près des citoyens le centre d’accueil et de crise que nous avons développé avec d’autres était une alternative à l’hospitalisation. Chaque secteur devait ouvrir des lits avec des hôpitaux généraux partenaires.

Et puis ce bel idéal c’est tout doucement effriter. Les fermetures de lits ont continué mais sans les re-déploiements. Les tensions sur les lits étaient telles que la psychiatrie aux urgences qui devait s’occuper prioritairement des situations de crises servait surtout à temporiser des admissions sous la responsabilité du directeur. C’est ainsi que mon hôpital, très asilaire sans jamais de lits disponibles a préféré la notion d’UAO unité d’accueil et d’orientation, SAS d’admission du CHS venant faire concurrence à notre centre d’accueil et de crise. Il était impossible de faire admettre une psychose dite « émergente » alors qu’on gardait à l’hôpital pendant des années des handicapés psychiques ayant besoin d’un hébergement adapté. La psychiatrie ouverte que nous défendions à l’accueil des urgences n’a plus fait le poids face aux obligations d’admission sécuritaire sous contrainte des malades les plus lourds. Les faibles moyens dont nous disposions aux urgences permettait de faire de multiples missions grâce a l’unité de lieu et au carrefour que représente l’hôpital général : liaison, liaison addictologique, équipe mobile psychiatrie précarité, CUMP, consultation psycho-trauma, urgences, consultations de post-urgence, …

Mais la psychiatrie que nous y pratiquions était de plus en plus déconnectée du secteur. Le clivage s’est encore creusé entre l’hôpital psychiatrique et l’hôpital spécialisé. Ce clivage a toujours existé mais malgré la présence de notre service qui devait établir des ponts, le retour du tout sécuritaire a relancé des projets de murs. Nous avons développé la psychiatrie aux urgences, la prise en charge des crises, surtout des crises suicidaires avec la prévention de la récidive, ainsi que la prise en charge du psycho-traumatisme mais tout cela a dû se développer sans les Cmp. J’ai participé alors au développement de dispositifs tels que VigilanS, re-contact téléphonique de patients en crise suicidaire étant passé aux urgences : 3 millions d’euros pour le Grand Est. L’argument de Guillaume VAIVA de Lille qui a promu ce dispositif et convaincu les décideurs du ministère et son collègue de Lille Benoit Vallet devenu directeur général de la santé : 10% de mortalité en moins. Mais VigilanS ne peut être efficace que s’il s’appuie sur un dispositif de soins existant et solide. Combien coûte en morts les économies sur le secteur psychiatrique qui est devenu exsangue ?

Car on apprend que, parallèlement à ces financements ponctuels et ciblés, la cour des comptes en 2018 a noté que depuis 2008 l’ONDAM a fait perdre à la psychiatrie de nombreux milliards (7?) de manière parfaitement masquée, tout en favorisant l’augmentation du financement de l’hospitalisation privée.

Arrive alors l’ère du GHT.

Je n’y ai rien compris si ce n’est qu’il s’agit d’un « machin opaque » qui permet de coordonner, de diriger de manière encore plus verticale et de contrôler les financements des différents hôpitaux publics d’un territoire, le plus grand possible. Plus besoin de fusion entre le CHR et le CHS : la directrice de l’établissement support contrôle tout, même si les entités administratives restent et que les conseils de surveillance aux mains des élus gardent un pouvoir de blocage.

Mon expérience du GHT aura été courte et édifiante.

Je suis élu par ma CME du CHS de Jury représentant au comité médical du GHT. Je reçois une convocation pour une réunion d’ici 3 jours car il y a urgence à mettre en place le nouveau dispositif administratif et à installer légalement ce comité médical. Pas de chance, je suis en déplacement impossible à décalé. Tant pis, c’est juste une formalité et il y a une deuxième réunion la semaine suivante pour parler du projet médical partagé du GHT. Le travail et les choses sérieuses ne vont vraiment commencer que là après l’installation formelle du comité médical. J’arrive plein d’optimisme car les activités de mon pôle sont totalement partagées entre les 2 hôpitaux et on va pouvoir parler de projets financés bloqués par le CHR (liaison addictologique, liaison spécifique et projet innovant au service des grands brûlés, périnatalité et hospitalisation mère enfant etc). Surprise ! Le projet est déjà écrit (ficelé par qui ?), nous sommes simplement informés puisque notre avis n’est que consultatif et bien sûr aucun de mes projets n’y figure. Il y aura juste une petite discussion pour savoir si nous laissons au CHR notre formation continue qui échappe aux fourches caudines du GHT. Il n’y aura jamais de convocation à une 3ème réunion.

J’écris tout de même au chef de pôle de gynéco-maternite, également vice-président de la CME du CHR qui roule en Rolls car il obtenu la reconstruction de la maternité de Thionville et que je ne connais pas car il travaille à Thionville à 30 km, de Metz, pour lui demander de renforcer notre partenariat existant. Réponse cinglante : « « aucun intérêt et puis y’en a marre de vos pédopsychiatres qui nous emmerdent sur l’unité d’hospitalisation somato-psychiatrique pour adolescent ».

Peu de temps après on m’informe que lors d’une réunion entre directeurs du CHS et du CHR avec l’ARS où je n’étais pas convié ( chef de pôle, membre du directoire) notre service serait exclu de l’hôpital général avec une construction d’un petit bâtiment à part sur un talus, loin des fenêtres du tout puissant cardiologue ( le successeur du premier) qui ne supporte pas les malades psys qui encombrent son bel nouvel hôpital tout propre et fument probablement devant l’entrée en jetant leurs mégots ( en fait c’étaient l’équipe du laboratoire !)

Ils veulent remplacer les urgences psychiatriques par des urgences gériatriques.

Le Raminagrobis de gériatrie va pouvoir optimiser nos mètres carrés que nous louons aux urgences en facturant de la tarification à l’activité des petits vieux dont personne ne veut avant de s’en débarrasser en 48h sur des Ehpad ou des Ssr ou à domicile, avec une grande violence pour les familles démunies.

40 ans d’hôpital général pour se retrouver à la rue (au sens propre puisque je ne m’occupe plus que de la précarité sur Metz).

Le CHS ne s’intéresse qu’aux soins sous contraintes et à la psychiatrie sécuritaire, tous le reste allant au privé, cliniques récemment agréées, libéraux psychiatres et psychologues ; le CHR ne s’intéresse qu’à des soins qui rapportent en T2A/m2. Notre sort est scellé. Et c’est le GHT qui l’a scellé.

Le CHR et son président de CME ont pris depuis 15 ans toutes les mauvaises décisions qui ont détruit la psychiatrie publique et ouvertement appelé à l’agrément de cliniques privées supposées être mieux gérées. La psychiatrie de secteur de Thionville qui dépendait du CHR ira au CHS et les urgences psychiatriques de Metz et Thionville seront rattachés, avec des consultations spécifiques comme le psychotrauma, aux urgences générales. Et le comble c’est que la directrice rêve que le CHR obtienne un service de psychiatrie universitaire avec les internes qui vont avec, depuis que le CHR non U est autorisé à avoir des services U !

Le dilemme n’est plus hôpital général ou hôpital spécialisé. Il n’est plus soins psychosociaux communautaires ambulatoires ou hôpital.

Il est hôpital public ou clinique privée. L’état se désengage du service public en permettant au privé de dégager des revenus sur les cotisations sociales. Le privé et l’associatif sont bien plus souple et réactif avec des retraités qui ne plombent plus les finances publiques.

Dr Pascal Pannetier

Association de psychiatrie de secteur à l’hôpital général - Collonges-la-Rouge 18 juin 2021



Conclusion

Quels sont les risques ?

Rationalisation des modes de gestion des établissements publics de santé

Risque de dilution de spécificité de l'activité psychiatrique au sein d'un GHT généraliste :

a. Gestion commune du système d'information et du DIM.

b. Fonction d'achat (ex : médicaments spécifiques, psychotropes)

c. Gestion des équipes médicales communes (quid des Urgences Psychiatriques ?)

d. Mise en place d'un leader médical chargé de coordonner la stratégie médicale du GHT et de participer à la nomination des responsables médicaux des GHT.


Risque d'empilement des projets médicaux imposés aux Hôpitaux Autorisés en Psychiatrie (HAP)

Le parcours du patient en psychiatrie est essentiellement extra-hospitalier, ce qui nécessite un maillage particulier.

On peut craindre en effet que le projet médical partagé ne prime sur le projet psychiatrique. Or, la psychiatrie n'a pas vocation à réintégrer l'hôpital mais nécessite le maintien de son déploiement vers l'extérieur, notamment vers des organismes médico-sociaux et sociaux, son insertion ou sa réinsertion dans la société.


Références

Inspection générale des affaires sociales :

Organisation du dispositif de soins psychiatriques, Tome 2

Alain Lopez et Gaëlle Turan-Pelletier.

Novembre 2017.

Place des hôpitaux autorisés (HAP) dans les GHT.

23 Mars 2016. Houdart et associés (cabinet d'avocats).

Synthèse Mission Flash : Madame Martine Wonner . 06-02-2019. Adesm.

Hopitalex, base de données juridique hospitalière. N°360, p 544











Mise à jour le Dimanche, 06 Mars 2022 09:09  

Identification