Psychiatrie de Secteur à l'Hôpital Général

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CHRONIQUE DES ANNEES COVID-19

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Cycle de formation 2021, du 13 juin au 18 juin 2017 - Collonges-la-Rouge 19500)

Thème préparé par: M. Hadrien GUINOT (Psychologue)

Notes de l'atelier rédigées par : Dr Jean Paul BOYER (Psychiatre)


 

CHRONIQUE DES ANNEES COVID-19

 

1° - Avant

L’EMPSA travaille en visite à domicile.

Le Psychiatre de l’équipe de Fréjus est en formation et part pour celle-ci, 6 mois à LILLE.

Psychiatre chargé de la coordination, je deviens le Psychiatre de l’équipe. L’équipe, à ce moment-là, est composée d’1 infirmière, de la psychologue, de la secrétaire et de moi-même.

Le 2ème infirmier part remplacer en EHPAD (le titulaire du poste, nouvellement formé, allant en service «technique ») et la secrétaire, certains jours remplace à l’Unité COVID (USCD).

 

Je réclame à la Cadre des masques chirurgicaux :

Réponse : « Il n’y en a pas besoin ! » (Il n’y en a pas).

Je demande, suivant les sollicitations de l’équipe, sur-blouse, charlotte, sur- chaussure :

Réponse : « Il n’y en pas besoin ! » (Il n’y en a pas).


Nous sommes hébergés au rez de chaussée de la psychiatrie.

La psychiatrie se renferme, ferme les portes du bâtiment.

Les VAD sont supprimées.

Les consultations ont lieu uniquement au CMP, 4 par ½ journées.

On ne fait pas d’admission en psychiatrie tant qu’il n’est pas vérifié que les patients sont COVID négatif.

Les équipes « bruissent », se questionnent pour savoir si untel ou untel est malade.

On s’interroge sur le nombre de patients COVID positif hospitalisés.

Des tentes sont installées à l’entrée de l’hôpital pour accueillir les Urgences (notre ancienne secrétaire qui était partie en pédopsychiatrie, y est déployée pour faire l’accueil des urgences dans les tentes).

« Vent de panique » (1). Les salles de restauration se multiplient dans le service

dans les bureaux libérés.

NB(1) on m’a repris sur ce terme et de fait il faut l’entendre au 2éme degré, psychiatrique. Quand on considéré le temps qu’il fallait habituellement pour obtenir la réaffectation d’un bureau, on ne peut qu’être surpris de la réactivité du moment et en ce sens constater l’adaptabilité de l’institution ces jours-là. N’empêche que c’est bien le grand dieu PAN, la nature qui soufflait alors sur nous.

On ne va plus manger au Self, on récupère des plateaux repas.

La psychiatrie ne fait plus de VAD, or l’EMPSA ne travaille qu’en VAD !

 

2° - 17 mars 2020 « premier confinement » :

On télétravaille. Avec l’équipe, on assure des contacts téléphoniques avec les patients. On fait les comptes rendus. Le projet de télé-consultation est suspendu car l’équipe ne va pas à domicile.

Je propose un contact téléphonique avec l’équipe ou un « présentiel » (le mot est créé), 4 fois par semaine puisque je suis passé à 4 vacations (les joies de la retraite !). C’est le temps de réunion où on fait le point sur les situations.

On téléphone au collègue à Lille. On se demande comment va l’équipe de Draguignan (2ème partie de l’équipe EMPSA, à 30 km).

On se dit « Alors, il paraît que Mr X à la COVID ! ».

On cherche toujours à savoir combien il y a de cas COVID à l’hôpital (en général moins de 10 en ces mois).

La situation n’est pas chaotique et on a enfin les masques.

En fait, on est bien « emmitouflé » !

A la maison, je ne vois plus les petits-enfants (si par Skype).

J’ai peur de transmettre le virus à ma femme, et en rentrant, je pose les souliers, les habits et je prends une douche. Je le fais 2 à 3 jours ! Puis fin des bonnes résolutions.


3°- Déconfinement pour le lundi 11 mai 2020.

Le jeudi d’avant, je reçois un coup de téléphone de mon collègue en gériatrie qui me demande de venir faire une consultation dans le service.

Panique de ma part !

Le collègue qui faisait la psychiatrie de liaison est parti à Lille, et il avait demandé de suspendre l’activité de liaison en attendant son retour et de s’adresser aux Psychiatres de garde.

J’interroge les collègues de psychiatrie sur la gériatrie de liaison et surprise de ma part, ils n’ont eu aucune demande, d’ailleurs les demandes en psychiatrie de liaison ont chutées. J’apprends alors que dans le service, ils n’ont pas eu de cas de COVID positif.

Je me dis qu’il va falloir y aller (depuis au moins 2 mois je n’avais pas mis les pieds en gériatrie ni à l’hôpital général).

Bon. Comme le déconfinement approchait, j’avais demandé 2 blouses (j’ai commencé en Psychiatrie comme Interne en 1975, et depuis je n’avais pas porté de blouse).

Je téléphone à mon collègue Gériatre, qui finit par comprendre mon appréhension. Il m’explique, en me « charriant » un peu, qu’il s’agit d’un patient « banalement » déprimé, et qu’il me demande d’intervenir dans une unité non contaminée.

Je me résous à y aller, j’enfile une blouse, je mets un masque FFP2, une charlotte et je vais dans le bâtiment en face au 4ème étage.

Finalement, j’ai revu les confrères Gériatres, j’ai vu le patient qui justifiait effectivement d’une consultation.

J’ai été très heureux de me retrouver à l’hôpital général avec les confrères.

Cette expérience a été une sorte de libération, elle m’a permis de retrouver mon activité.

Elle a été une première étape d’une « dédramatisation», réintroduction d’une banalisation (NB 2) des situations, la veille de la levée du confinement, après 2 mois d’enfermement.


Petite suite en complément.

Durant le confinement j’avais suspendu mon activité « d’expertise ».

Le déconfinement arrivant, dans les jours d’après, j’ai accepté une demande de mesures de protection de biens, le requérant connaissant bien un infirmier de l’équipe de psychiatrie.

C’était un couple de dames, il fallait aller à domicile.

J’avais bien cadré la demande avec le requérant, envisageant 10 minutes d’entretien chacune, dans le jardin car il y avait un jardin, masque, sur-blouse, charlotte, sur-chaussure…

A l’heure dite, je me présente. Finalement le temps est hasardeux donc le jardin pas sûr, on reste dans la véranda, et bien sur l’entretien de 10 minutes pour chacune n’a pas suffi à démêler les situations. Je suis resté 1 heure et demie.

NB 2 C’est l’acte de consultation qui devenait « banal », au sens d’habituel ; je ne minimise pas la souffrance du patient en face ; d’ailleurs je n’ai pratiquement pas vu de patient COVID et à plus forte raison de patients souffrants psychologiquement en raison de leurs infection COVID

Au fur et à mesure on apprend à relativiser ! C’est ainsi que les VAD suivantes ont été plus « improvisées » même si masque sur-blouse et SHA étaient présents.

 

4°- Pensées coupables et autres Contines,

Le point de départ c’est « l’histoire » qu’en psychiatrie on s’infecte moins ou avec peu de gravité car il n’y a pas de sélection des germes comme par exemple dans un service de réanimation, comme si les microbes se tenaient dans un équilibre.

Et un beau jour, je me suis rendu compte que j’avais cette idée en tête aussi vis-à-vis de la COVID, psychiatrie « milieu banal », moins de risque. Scientifiquement faux, mais source possible de relâchement par rapport aux gestes barrières, « pensées coupables » (mais ai-je vraiment arrêté de le penser, pourquoi j’oublie de plus en plus souvent le masque, pourquoi j’utilise moins le SHA).

Et tient, il y a même pas 2 mois, dans le foyer occupationnel où j’interviens, je dis à l’infirmière « je prends 2 masques » et je plonge la main dans la boite. Que n’avais-je fait ! Mais non, me dit-elle. Elle se désinfecte les mains avec du SHA, prend 2 masques qu’elle me donne dans un plastique. « Si vous ne faites pas comme ça vous contaminez la boite et vous contaminez vos masques ». Bien sûr elle a raison.

Depuis je raconte ma petite histoire et il m’arrive d’observer les gestes de ceux qui prennent un masque.

Autre histoire, toujours avec l’infirmière du foyer. Je lui demande du SHA avec pour objectif de nettoyer la table où j’avais trouvé que le résident, non masqué, avait émis plus de gouttelettes que ce que tolérait mon habituel quota.

Voilà qui n’apprendra à faire du zèle. Mauvaise pioche, car elle m’explique alors que le SHA n’est actif que sur la peau et pas sur les surfaces des meubles pour lesquelles il faut utiliser des lingettes désinfectantes. On me l’avait déjà dit plusieurs fois et je l’avais oublié déjà plusieurs fois.

Je me suis résolu quand même à faire un test et j’ai demandé à plusieurs des confrères en psychiatrie s’ils avaient cette information : résultat environ 50/50.

 

5°- On déconfine

On sort ; reprise des VAD.

Reprise timide de la psychiatrie de liaison pour les âgés. D’abord il faut se repérer parce que dans l’hôpital les unités ont changées de place, d’étages, se déclinent en COVID non COVID.

Une consultation en pneumologie : le patient a une chambre dans la première partie du couloir. On me dit que c’est non COVID. Je fais ma consultation et je vais en parler au confrère pneumologue et dans la conversation il me montre le bout du couloir, partie COVID. Dans une sorte de contre-jour je vois les silhouettes éthérées des soignants assurant les soins avec les tenues protectrices.

L’image m’a frappée, la technicité je crois, parce que j’ai pensé au départ des spationautes entourés de leurs accompagnants en combinaison stérile.


Plus tard j’ai pensé aussi aux années SIDA, quand les patients mourraient dans les services de psychiatrie, confus, agités, encéphalopathies à des germes pas possibles.

On avait moins peur des contaminations à l’époque car les voies étaient différentes ; on sait moins maintenant si les gens ont le SIDA, mais quand je le sais il me reste toujours, là, le vieux réflexe de mettre du SHA sur les mains.


Il doit y avoir quelque chose d’obsessionnel pour se protéger du grand dieu PAN.

Toujours des histoires de bureau. Avec le déconfinement les consultations ont recommencé dans le bâtiment de psychiatrie. Pour assurer ces consultations et éviter la contagion on a sélectionné les bureaux près des sorties avec matériel pour nettoyer, recommandant de ne pas utiliser les bureaux « personnels ».

Mais L’EMPSA ne fait que des VAD ! (heureusement mon bureau est près d’une sortie, mais j’ai failli déménager).


Toujours une histoire du déconfinement, au début.

Un mardi matin, j’arrive au Foyer occupationnel où je travaille. Panique à bord !

Une résidente, Alexandra, a été testée PCR positif après la visite la semaine précédente chez sa sœur.

Dans la période du confinement, au Foyer comme dans l’EHPAD, les visites et les sorties avaient été suspendues. Les repas étaient pris dans les chambres et les sorties des chambres cadrées.

Au Foyer, certains résidents étaient restés en famille.


Avec le déconfinement, les premières sorties ont pu avoir lieu, et justement Alexandra avait pu partir en famille.

Pour les EHPAD, les allègements ont été plus tardifs, de fait souvent après la vaccination.

Donc, ce mardi tout l’établissement est en émoi, le personnel inquiet, la Direction confrontée aux risques d’arrêts de travail. Ils multiplient les échanges avec l’ARS.

Je discute avec la secrétaire, qui me dit qu’hier après-midi, Alexandra est venue longuement la voir.

Elle-même va avoir un test PCR et s’inquiète car elle doit partir en vacances.

L’après-midi, je vais à l’EHPAD où l’on doit intervenir ; c’est alors que je me rends compte que j’ai discuté un bon moment avec la secrétaire qui est peut-être contaminée, et je me dis qu’il ne faut pas que je contamine l’EHPAD.

Je joins la confrère Gériatre qui me rassure : mais non, contact de contact, il n’y a pas de risque.

Le lendemain, la secrétaire m’informe que son test PCR est négatif.

Alexandra restera 3 semaines en isolement.

A partir du 1er mai 2020, je ne travaille plus que sur 1 vacation pour l’Hôpital, au SSR et dans les EHPAD.

En juin, un repas au restaurant pour fêter le départ de la Cadre marque l’été revenu et un bon souvenir repère.

L’été s’avance, déconfiné. Il y a de plus en plus de touristes sur les routes.

Avec le confrère qui est revenu de Lille, on se dit « qu’on va le payer à l’automne !».

Les choses sont suspendues, avec une certaine normalisation.

On intervient sur les EHPAD, en surveillant leurs éventuelles populations COVID, modulant les gestes barrières.


On réussit à organiser le soir du 30 septembre, un concert de Jazz au bénéfice de l’Association du service de Psychiatrie « Lou Camin ».

 

6 – Dimanche 1er novembre 2020 :

Toussaint et deuxième confinement qui nous accompagnera jusqu’au 15 décembre.

 

Mais on est plus rodé que la première fois, l’activité se poursuit. On passe au cran du dessus avec systématiquement des masques FFP2 lorsqu’on rencontre les patients, et il faudrait ouvrir les fenêtres.

On est bien conscient, pour le coup, que ça « chauffe » plus à l’Hôpital.

Le 13 novembre, il y a 9 patients en Réanimation et 50 patients COVID Hospitalisés.

En octobre 2020, a été ouverte au SSR où nous allons, une « Unité COVID », mais nous n’y intervenons pas.

Décembre avec le déconfinement, on prépare les fêtes de fin d’année.

Le 15 décembre, à l’hôpital, il y a 15 patients COVID hospitalisés, 5 en réanimation.

Mais la grande affaire c’est :

les VACCINS !

 

Oui – Non ?

Je suis très volontaire, et je réussis à me faire vacciner le 8 janvier. Mon épouse, Infirmière à la retraite, quelques jours plus tard.

La vaccination de mon épouse était, pour moi, une chose importante.

Quant à moi, j’ai voulu très fort me faire vacciner, mais je n’ai pas eu l’impression que ça a bouleversé ma pratique (même si c’est mieux d’avoir un contrat d’assurance-vie !).

 

7 - Mais qu’est-ce qu’ils font à Nice ?

 

Le Maire Mr ESTROSI réclame un confinement pour sa ville et l’obtient.

3ème confinement du 3 avril au 3 mai 2021.

Le 19 mai, le couvre-feu est décalé, et le 9 juin c’est la réouverture des cafés et restaurants.

 

La population COVID augmente à nouveau à l’hôpital.

Le 6 avril 2021, il y a 8 patients en Réanimation et 50 en hospitalisation.

Dans la période 3 patients seront transférés dans des réanimations à l’extérieur.

Toujours en avril, je discute avec un Généraliste de l’hôpital qui intervient dans un EHPAD des environs. Il me fait part de son constat : en ce moment, les patients circulent rapidement de l’hôpital vers les EHPAD.

C’est le constat que l’on a fait nous aussi sur le SSR où on intervient.

Pour libérer des places en SSR pour ceux qui viennent des services hospitaliers, les patients sont transférés provisoirement vers les EHPAD ou l’UCC de l’hôpital.

Sur ces semaines, la tension montait très fort à l’hôpital.

Voilà, on arrive en Juin.

L’unité COVID ferme au SSR (et anecdote, c’est ces derniers jours que je suis allé voir en consultation un patient confus qui était dans une des dernières chambres COVID).

Peut-être n’ai-je pas assez sollicité les sollicitations ?

Je vois que j’ai moins de choses à dire sur la deuxième partie de cette période.

Les expériences faites au fur et à mesure ont banalisé mon exercice.

Je me trouve loin de ce qu’évoquent Réanimateurs et Soignants des services COVID de leurs pratiques durant ces périodes.

Il reste la question « pourquoi pas moi », mais c’est un luxe de pouvoir se la poser.


A suivre éventuellement,

 

 

Docteur BOYER Jean-Paul Psychiatre


EMPSA Hôpital de FREJUS SAINT RAPHAEL


Juin 2021

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NB : EMPSA = Equipe Mobile de Psychiatrie du Sujet Âgé.

Document de 8 pages

 

 

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Mise à jour le Dimanche, 13 Février 2022 10:29  

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