Psychiatrie de Secteur à l'Hôpital Général

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VIVRE A L'HÔPITAL (1/2)

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(Cycle de formation 2015, du 31 mai au  6 juin 2015 - GUETHARY - 64210)

Thème préparé par:

Dr Anne PARIAUD MARTIN

Françoise GARCIA

Sylvie MASSON

Alexia SIMONE

Thibault GIMENEZ

Notes de l'atelier rédigées par : Dr Myriam SAUVÉ

 


 

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VIVRE A L’HÔPITAL

 

Vivre à l’hôpital : s’abriter ? survivre ? habiter ? Les trois termes appellent à commentaire, même s’ils paraissent équivalents.

Vivre serait le terme générique.

Survivre serait celui de l’approche plus clinique. Au cours de mon travail à l’hôpital psychiatrique j’ai parfois entendu à propos de patients « chroniques » restant dans les services des années durant « qu’est-ce qu’on fait pour ce patient ? » de la part de jeunes internes (dont j’ai été) ou infirmiers, impatients voire un peu agacés. La réponse a été : « on l’empêche de mourir ». Et j’ai réalisé ce que cette formule un peu brutale renfermait de réalité bien concrète pour ce qui concerne les patients psychotiques.

Quand à habiter…il faut développer. En premier lieu est l’abri ; l’abri offre la protection contre la brutalité des éléments, il donne la possibilité de dormir, de manger, de se protéger contre les dangers divers. Mais l’homme n’est pas soumis qu’à des besoins primaires : être humain, disent les lacaniens, c’est être exilé de la nature par le symbolique, c’est habiter. Habiter le langage. Je reprendrai maintenant les propos de Patrick Confalonierie, Psychiatre au Vinatier, qui écrivait dans le journal Rhizome, (bulletin national santé mentale et précarité) en 2001. « Pour le préhistorien Leroi-Gourhan, la sépulture est l’indice le plus sûr de l’apparition de l’humain : la dernière demeure indique ce que fut la première. Par la marque symbolique, fût-ce celle d’une pierre, l’homme signe sa présence au monde, au-delà de son organisme d’être vivant. Son entrée dans ce monde s’accompagne de ce rapport nécessaire à la mort. L’acte d’habiter est donc loin d’être le résultat d’un instinct de protection, face à une nature réputée toujours hostile. Se loger est à prendre comme un pur acte de civilisation. Le schizophrène, lui, se trouve hors du champ social. Il ne sait plus ni où loger ce corps ni où loger ses objets. Hors lien social il erre dans un monde qui l’habite plus qu’il n’y habite. Son rapport à autrui comme à lui-même s’en trouve profondément troublé. La famille où il s’est constitué devient parfois un lieu invivable. D’autres fois, il ne peut, à l’inverse ou simultanément, s’en détacher pour s’élancer à son tour dans l’édification de son monde. Troublé de ne pouvoir trouver sa place dans l’ordre public, il lui arrive parfois de le troubler en retour. Cela peut le conduire, alors, même contre son gré, à trouver asile en un lieu prêt à l’accueillir au nom de son mal-être au monde, défini comme maladie ».


En proposant ce thème j’avais à l’esprit un patient en particulier, Bernard M. (cf annexe)



Les foyers thérapeutiques au Vinatier :


Autrefois, les patients vivant à l’hôpital étaient nombreux. L’asile était organisé pour une vie autarcique, où les malades travaillaient à la ferme et subvenaient à leurs besoins. Les soignants partageaient leur vie, la journée, partaient en camp thérapeutique avec eux. Les médecins quant à eux habitaient dans des villas dans le parc de l’hôpital.


Qui vit à l’hôpital aujourd’hui ? Certains patients, encore, mais ils sont devenus plus rares. Quel est leur profil ? Les SPDRE irréductibles en font partie. Les trop vulnérables pour vivre dehors, qui se font agresser et racketter, qui ne trouvent de logements qu’en rez de chaussée, donc encore plus exposés. Les trop instables, dont les symptômes positifs dérangent le voisinage. Et les innombrables en attente qui d’un lieu de vie, qui d’une place en maison de retraite, qui d’une place en foyer logement, ou en résidence pour personnes âgées, selon le degré de dépendance. Au Vinatier, vivent à l’hôpital les patients accueillis dans les foyers de transition intra muros. Le premier de ces foyers avait été créé aux environs de 1985 par Patrick Confalonierie et son équipe dans le service du docteur Dubuis prenant en charge le secteur de Villeurbanne. Il s’agissait de proposer aux patients les plus anciens du service de quitter leur lit pour venir habiter un foyer tout proche du service, auquel ils pouvaient toujours s’adresser en cas d’urgence. Je cite encore Patrick Confalonierie : « Les formes modernes de l’hospitalisation de longue durée, nécessaire pour certains de ces sujets (schizophrènes), sous l’étiquette générique d’hébergement thérapeutique, tente de pallier ce risque que le patient trouve domicile à l’hôpital. Il ne s’agit pas, dès lors, pour ces sujets, de proposer un mode de réinsertion sociale qui vaudrait comme rééducation. Ladite désinsertion n’est pas un handicap, secondaire à une maladie, sur le modèle du déficit physique. Elle est la maladie elle-même. La manœuvre thérapeutique que peut permettre une telle hospitalisation, souvent collective et au cœur de la cité, pourra favoriser, pour chacun, une dynamique propre d’inventions personnelles pour suppléer ce manque dans le savoir-vivre du monde ». Patrick Confalonierie conclut son propos par la nécessité d’admettre que pour s’engager dans cette thérapeutique-là il faut concevoir sa durée comme indéterminée (tout comme l’est la durée de certaines thérapeutiques pharmacologiques).


Depuis une vingtaine d’années ce modèle de foyer thérapeutique a essaimé au Vinatier, chaque service (et maintenant chaque pôle) s’est doté de tels outils. Mais l’on a renoncé à la durée indéterminée. Ce n’est pas dans l’air du temps, il faut dire, la durée indéterminée. On a trop peur de l’interminable, semble-t-il. Pour preuve le fait que les patients que nous souhaitons adresser, depuis nos unités d’entrée, à ces foyers thérapeutiques de transition doivent être dotés d’un projet. Sacro-saint projet, sésame pour l’admission à l’unité de longue évolution ou au foyer thérapeutique. Projet projet projet… qui vient dénier la temporalité du schizophrène, l’a-temporalité justement, de celui qui vit dans l’instant sans pouvoir prévoir ni déterminer ce qu’il en sera de demain.


Je terminerai en vous parlant de Louis, patient de 65 ans. (cf annexe)



Les murs soignent, disait un psychiatre. Certainement. Ils protègent, ils soutiennent, plus souvent qu’ils n’enferment contrairement à l’idée que l’on se fait généralement de la psychiatrie. L’idée reçue, et si répandue, que la psychiatrie enferme doit être combattue pied à pied, à tout endroit où nous les psy pouvons nous faire entendre. Mais n’oublions pas que nous avons été, nous, soignants en psychiatrie, les acteurs passionnés de la désinstitutionalisation, et avons participé à la réduction du nombre des lits de nos services avec le projet de développer les structures de soins ambulatoires. L’horreur suscitée par les conséquences de l’enfermement a fondé la psychiatrie de secteur ; où l’on a occulté sans doute la fonction soignante des murs de l’asile. Aujourd’hui, il s’agit de redonner sa place à l’hospitalisation : non pas pour abriter la chronicité pour laquelle on a inventé d’autres lieux d’accueil et de soin mais pour recevoir et traiter dignement les patients traversant une période de décompensation.



Dr Anne PARRIAUD-MARTIN,

Psychiatre CH Le Vinatier, BRON

 


 

 

Références du film "MURMURES"

un film de Jérôme MARTIN

"Une unité de l'hôpital psychiatrique du VINATIER près de Lyon.

Des ombres, des silhouettes, hantent les couloirs …

Si on veut bien s'approcher, dépasser la crainte instinctive que succite la maladie mentale, on pourra découvrir des hommes et des femmes que la folie soustrait à notre monde commun."

durée : 62 minutes

image & montage : Jérôme MARTIN

production déléguée : Z'AZIMUT FILMS, Nicole ZEIRIG

coproduction : LYON CAPITALE TV & CINAPS TV

avec la participation du Centre National de la Cinémaphotographie et de l'Image Animée

avec le soutien de la Société des Producteurs de l'ANGOA

© JUIN 2014 – EDV2380

Z'AZIMUT FILMS, 245 grande rue de la Guillotière 69007 LYON

(tel : 0478721185, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. )

 

Pour se procurer le film, envoyez un mail ou téléphonez à Mme Christine GERARD :

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04 37 91 50 47

Mise à jour le Jeudi, 04 Juin 2015 12:15  

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